Introduction
Linégalité des sexes freine lépanouissement des individus, le développement des pays et lévolution des sociétés, au détriment des hommes comme des femmes.

UNICEF/0667/Vilas |
|
Jeune Indienne au travail. Léducation des filles nest pas encouragée, ce qui limite leurs choix futurs |
Les faits qui définissent linégalité entre les sexes les limitations imposées aux choix, aux perspectives et à la participation des femmes ont des conséquences directes et souvent pernicieuses pour la santé et léducation des femmes, ainsi que pour leur participation sociale et économique. Cependant, jusquà un passé récent, ces limitations ont été jugées sans importance ou inexistantes, acceptées ou ignorées. La réalité de la vie des femmes a été invisible aux hommes. Cette invisibilité persiste à tous les niveaux, de la famille à la nation. Bien quils partagent le même espace, femmes et hommes vivent dans des mondes différents.
Les premiers pas ont été faits vers la fin de cette invisibilité. En 1979, en adoptant la Convention sur lélimination de toutes les formes de discrimination à légard des femmes, la communauté mondiale a décidé déliminer la discrimination sexuelle. La Convention, qui a la validité dun texte de droit international, est désormais ratifiée par 165 des 188 États Membres de lOrganisation des Nations Unies.
Les soins de santé aux fillettes et aux femmes et leur éducation ont fait lobjet daccords internationaux, notamment ceux conclus à une série de conférences mondiales sur les femmes à partir de 1975, à la Conférence mondiale sur léducation pour tous de 1990 et à la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) de 1994.
Un nombre rapidement croissant de pays ont adopté des politiques de population et de développement qui comprennent des mesures destinées à répondre aux besoins des fillettes et des femmes sur le plan des soins de santé et de léducation, y compris ceux de santé en matière de reproduction. Léducation et la santé, y compris la santé en matière de reproduction, sont des droits fondamentaux. En répondant aux besoins éducatifs et sanitaires et en agissant dans le sens de légalité des sexes, on contribuera aussi à assurer léquilibre de laccroissement démographique et du développement économique.
La plupart des pays ont déjà adopté certaines mesures destinées à protéger la sécurité individuelle des femmes et leurs droits sur divers plans (mariage, propriété, succession, représentation politique et lieu de travail). Ces mesures sont en cours délargissement et leur application est de plus en plus imposée.
Limpact de lémancipation des femmes sur les droits et les rôles des hommes fait lobjet dun examen. Les efforts déployés pour situer les femmes dans laxe majeur du développement font désormais ressortir le partenariat entre femmes et hommes.
Il ne faut pas confondre la "problématique hommes-femmes" avec les "problèmes propres aux femmes" : comprendre les sexospécificités, cest comprendre les perspectives ouvertes, les contraintes et limpact du changement alors quils touchent aussi bien les femmes que les hommes. On comprend de plus en plus que le partenariat entre femmes et hommes est la base de familles solides et de sociétés viables dans un monde en transformation rapide.
Un partenariat égal constitue aussi lobjectif des organisations de femmes, qui grandissent rapidement en nombre et en force dans beaucoup de pays dAsie, dAfrique et dAmérique latine. Les avantages de partenariats entre organisations officielles et groupes de femmes sont de mieux en mieux reconnus.
Pourtant, linégalité entre les sexes reste omniprésente. Question dintérêt public, elle est aussi en relation avec le comportement privé et pour cette raison na pas encore fait lobjet dun débat approfondi, surtout dans les pays où la vie familiale est organisée sur la base de la prédominance de lhomme. Ailleurs, même si des limitations pesant plus lourdement sur les femmes sont peut-être bannies ou condamnées, elles persistent sous des formes qui ont été rendues plus acceptables socialement.
Le rapport de cette année sur lÉtat de la population mondiale expose les raisons pour lesquelles il faut mettre en pleine lumière linégalité entre les sexes et la considérer comme un problème de haute urgence, qui retentit tant sur les droits de la personne que sur les priorités du développement. La discrimination sexuelle ne prendra pas fin avant que tous les yeux souvrent sur ses contradictions inhérentes et que pays, communautés et familles prennent des mesures pour y mettre fin.
Encadré 1 : Discrimination et pauvreté vont main dans
la main
retour au sommet
Résumé
Des rapports de force moins inégaux entre hommes et femmes, sils se conjuguent avec un accès accru à des soins de santé en matière de reproduction qui soient de bonne qualité, sauveraient les vies de centaines de milliers de femmes, dont beaucoup parmi celles qui meurent de causes liées à la grossesse. Si les femmes avaient le pouvoir de prendre des décisions relatives à lactivité sexuelle et à ses conséquences, elles pourraient éviter chaque année une grande partie des 80 millions de grossesses non désirées, des 20 millions davortements pratiqués dans des conditions dangereuses, des quelque 500 000 décès maternels (dont 78 000 résultent davortements pratiqués dans des conditions dangereuses) et des infections et lésions plusieurs fois plus nombreuses. Elles pourraient aussi éviter un grand nombre des 333 millions de nouvelles infections sexuellement transmissibles contractées chaque année. Les adolescentes sont particulièrement vulnérables (Chapitre 2).
La violence contre les femmes prélève aussi un très lourd tribut sur leur santé, leur bien-être et leur participation sociale (Chapitre 3). Les hommes doivent se mobiliser eux-mêmes pour protéger la santé des femmes en matière de reproduction, par souci de leur intérêt propre, comme pour protéger leur famille (Chapitre 4).
Légalité des femmes et des hommes est inséparable du développement (Chapitre 5). Cest aussi un droit de la personne (Chapitre 6). Les gouvernements doivent prendre les décisions fondamentales. Les pays donateurs ont accepté de soutenir ces priorités, mais les donateurs nont pas versé dans les années 90 même la moitié des montants convenus dans le domaine de la population et de la santé en matière de reproduction (Chapitre 7).
Sexe et santé (Chapitre 2)
Les services de santé en matière de reproduction, sils sont de bonne qualité, permettent aux femmes déquilibrer des grossesses sans danger avec dautres aspects de leur vie. La Conférence internationale sur la population et le développement et lexamen "CIPD+5", conduit cinq ans plus tard par lONU, ont reconnu la relation étroite qui existe entre lidentité sexuelle et la santé en matière de reproduction. Les programmes qui tiennent compte des sexospécificités écoutent les clients et les font participer à la conception des programmes et des services.
Composantes de la santé en matière de reproduction
On estime à environ un tiers soit à peu près 80 millions par an le nombre des grossesses non désirées ou dont le moment est inopportun. Le nombre des usagers des services de planification familiale dans les pays en développement en supposant que ces services sont fournis devrait augmenter de plus de 40 % dici 2015, passant à 742 millions contre 525 millions en 2000. Pour un peu plus de la moitié, laugmentation sera due au nombre croissant des femmes dâge procréateur (15-49 ans) dans ces mêmes pays : ce groupe augmentera de plus dun cinquième durant les 15 prochaines années, passant à 1,55 milliard. Le reste de laugmentation du nombre des utilisateurs résultera dune demande accrue, car leur proportion sélève dans lensemble de la population.
Les programmes de planification familiale qui connaissent le succès ont en commun plusieurs traits1 :
Le gouvernement prête un appui résolu;
Les prestataires sont bien formés, sensibles au climat culturel, attentifs aux besoins des clients, amicaux et sympathiques;
Les services sont de prix abordable et diverses méthodes contraceptives sont offertes;
La délivrance de conseils garantit un consentement informé;
Le respect de la vie privée et la confidentialité sont garantis;
Les installations sont confortables et propres;
Le service est prompt.
Diagramme 1 : Les
besoins de planification familiale augmenteront à mesure
que la population et la demande croissent
Laccès universel aux soins de santé en matière de reproduction et de sexualité est un objectif fondamental du Programme daction de la CIPD. Depuis la CIPD, de nombreux pays ont élargi les services au-delà de la planification familiale et répondu aux besoins plus généraux des deux sexes sur le plan de la santé en matière de reproduction.
Une femme meurt chaque minute de causes liées à la grossesse. La mortalité maternelle est évitable par les moyens suivants :
Aider les femmes à éviter les grossesses non désirées;
Garantir la présence daccoucheuses qualifiées à chaque naissance;
Dispenser des soins obstétricaux durgence;
Dispenser des soins postnatals : 61 % des décès maternels surviennent après laccouchement;
Dispenser des soins après avortement efficaces : 78 000 décès maternels sont la conséquence davortements pratiqués dans des conditions dangereuses, dont 95 % se situent dans les pays en développement.
Encadré 2 :
La plupart des décès maternels pourraient être
évités
Les deux cinquièmes environ du chiffre estimatif de 50 millions davortements pratiqués chaque année le sont dans des conditions dangereuses; 78 000 femmes en meurent et des millions souffrent de lésions ou de maladies. Un élargissement de laccès à la planification familiale préviendrait beaucoup de grossesses non désirées et davortements pratiqués dans des conditions dangereuses. Dans de nombreux pays à faible revenu, des soins efficaces après avortement réduiraient la mortalité maternelle de non moins dun cinquième.
Les maladies sexuellement transmissibles (MST) touchent cinq fois plus de femmes que dhommes. On évalue à 333 millions le nombre annuel de nouveaux cas. Ces maladies causent la stérilité, des complications de la grossesse, des maladies puerpérales et le cancer du col de lutérus.
Le virus de limmunodéficience humaine/syndrome de limmunodéficience acquise (VIH/sida) est aujourdhui la première cause de décès en Afrique et la quatrième au niveau mondial. À la fin de 1999, 34,3 millions dhommes, de femmes et denfants étaient atteints du VIH ou du sida, dont 5,4 millions avaient été récemment infectés, et 18,8 millions étaient déjà morts de la maladie. Plus de 95 % des séropositifs vivent dans le monde en développement.
Les femmes sont plus vulnérables à linfection que les hommes et sont infectées à un rythme plus rapide. En Afrique, le nombre de femmes séropositives dépasse de 2 millions celui des hommes infectés. Il est reconnu dans lexamen CIPD+5 que les femmes ont besoin dinformations, déducation, de savoir-faire, de services et de lappui de la société pour se rendre moins vulnérables. Partout où cela est possible, les préservatifs masculins et féminins et les médicaments antirétroviraux devraient être plus accessibles. Il est nécessaire dinformer et de conseiller concernant la sexualité, les rôles sexosociaux et les déséquilibres du rapport de force entre les sexes, la violence sexiste et dautres problèmes. La planification familiale et les services relatifs aux MST et au VIH/sida doivent être intégrés aux services de santé en matière de reproduction.
En général, les femmes sont infectées à un beaucoup plus jeune âge que les hommes. Dans plusieurs pays africains, les filles séropositives dans le groupe dâge 15-19 ans sont cinq ou six fois plus nombreuses que les garçons du même âge dans ce cas. Il est donc clair que des hommes plus âgés infectent les adolescentes. Une éducation sexuelle de bonne qualité aide les adolescents à retarder le moment de devenir sexuellement actifs et à recourir davantage à des pratiques sexuelles sans danger.
Dans le monde entier, environ 130 millions de fillettes et de jeunes femmes ont subi la mutilation génitale féminine (MGF). Cette mutilation est extrêmement douloureuse et peut causer une grave infection, un état de choc, voire la mort. Celles qui y survivent ont des rapports sexuels douloureux et peuvent courir un plus grand risque durant et après laccouchement. La MGF peut être la cause dinfections répétées et entraîner la stérilité.
Les préjugés dordre sexuel peuvent aussi conduire à divers types de limitations des soins par exemple, faire réserver aux docteurs certaines procédures, ou offrir dans les dispensaires publics les soins de santé maternelle et infantile exclusivement, de sorte que les femmes et les hommes sans enfants ou célibataires ne se sentent pas à laise sils vont y demander des services de santé en matière de reproduction.
Les services de santé en matière de reproduction reconnaissent de plus en plus que cette forme de santé concerne les hommes aussi bien que les femmes, compte tenu de leffet que la santé des femmes en ce domaine a sur les hommes, et aussi du soutien que les hommes doivent ici apporter à leurs partenaires.
Santé des jeunes en matière de reproduction
Jeunes hommes et jeunes femmes affrontent dans leur environnement des pressions et attentes différentes qui peuvent aller à lencontre dun comportement sexuel responsable. Former des jeunes à faire fonction déducateurs de leurs compagnons dâge encourage la discussion et un comportement responsable. Parfois, il suffit dappeler lattention sur le fait que des normes différentes sont appliquées à chaque sexe pour conduire à des améliorations.
Cependant, de nombreuses fillettes et garçons sont contraints davoir des rapports sexuels précoces et dangereux pour diverses raisons (sévices sexuels, mariage denfants ou pauvreté). Dautre part, les adultes empêchent les jeunes dagir de manière responsable en limitant leur accès à linformation et aux services de santé. Les parents peuvent apprendre à informer et conseiller leurs enfants. Bien dautres adultes, à lintérieur comme en dehors de la famille, peuvent aussi jouer un rôle, notamment les dirigeants politiques et religieux, qui exercent une énorme influence sur lévolution des attitudes sociales.
Besoins des hommes sur le plan de la santé en matière de reproduction
Les hommes peuvent contracter des infections sexuellement transmissibles et ont dautres problèmes de santé en matière de reproduction, tels que limpuissance et la stérilité. Les hommes aussi veulent espacer la naissance de leurs enfants; dans certains pays en développement, dun quart à deux tiers des hommes disent quils ne veulent plus denfants, mais ni eux-mêmes ni leurs épouses ne recourent à la contraception.
Les services de santé en matière de reproduction destinés aux hommes sont axés sur le traitement des MST et la lutte contre celles-ci. Ces dernières années, les méthodes contraceptives dont le contrôle incombe aux hommes ont été moins utilisées quauparavant par rapport aux autres. Les hommes célibataires ne disposent encore que dinformations limitées concernant la manière déviter les grossesses et de prévenir les infections. Des programmes bien conçus peuvent accroître lintérêt des hommes pour la contraception et les persuader dy recourir davantage.
Migrants et réfugiés
Les migrants et réfugiés ont des besoins spéciaux sur le plan de la santé en matière de reproduction. Le FNUAP a fourni une aide durgence en temps utile dans un certain nombre de pays en développement.
Partenariats pour la santé en matière de reproduction
Les organisations non gouvernementales (ONG) ont aidé à introduire des changements dorientation majeurs dans les programmes de population et développement et ont placé les questions liées aux sexospécificités au centre de ces programmes. Les ONG oeuvrent pour légalité des sexes et soccupent de conduire des activités de plaidoyer et de formuler des politiques portant sur des sujets aussi délicats que les grossesses non désirées, les MST et le VIH/sida, et la santé des adolescents en matière de reproduction, entre autres.
Laction des ONG concernant la violence contre les femmes est lune des contributions les plus importantes à lélimination des mauvais traitements sexistes. Les ONG nationales promeuvent la santé en matière de reproduction et le bien-être des femmes en dispensant des soins de santé et des services sociaux et en participant activement aux réformes du secteur sanitaire.
Lune des grandes forces des ONG réside dans leur aptitude à former des partenariats et des alliances entre elles-mêmes et avec les gouvernements. Les réseaux internationaux confèrent une validité aux groupes nationaux, quils renforcent, et élèvent le profil des ONG dans le débat international.
Les partenariats entre société civile et gouvernement peuvent être extrêmement productifs. Au Bangladesh, par exemple, 25 % des activités de santé en matière de reproduction sont exécutées par des ONG. Il importe particulièrement de mettre en place des partenariats efficaces là où les investissements du secteur public sont le plus limités.
La violence à légard des femmes (Chapitre 3)
Dans le monde entier, indépendamment du revenu, de la classe sociale et de la culture, fillettes et femmes sont soumises à des mauvais traitements physiques, sexuels et psychologiques. La violence contre les femmes prend les formes suivantes : viol, mutilation génitale et agression sexuelle; grossesse, stérilisation ou avortement forcés; utilisation ou non-utilisation forcées de contraceptifs; crimes "dhonneur" ; traite des femmes; et violences liées à la dot.
Au niveau planétaire, une femme sur trois au moins a été battue, contrainte à avoir des rapports sexuels ou maltraitée de quelque autre manière le plus souvent par quelquun de sa connaissance, même son mari ou un autre membre masculin de la famille. Jusquà la moitié des femmes adultes ont été battues ou atteintes de quelque manière dans leur être physique par un partenaire à un certain moment de leur vie; une femme sur quatre a été maltraitée durant une grossesse.
Chaque année, le viol et la violence familiale coûtent aux femmes, dans le monde entier, léquivalent de millions dannées de vie en bonne santé. La violence physique saccompagne presque toujours de cruauté mentale, qui peut être non moins avilissante et dégradante.
De nombreuses cultures excusent ou du moins tolèrent un certain degré de violence contre les femmes. Même les femmes estiment quun certain degré de violence physique est justifié dans certaines conditions. Non moins de 5 000 femmes et filles sont victimes chaque année des prétendus crimes "dhonneur", souvent pour le "déshonneur" davoir été violée.
Les conséquences de la violence sur le plan de la santé en matière de reproduction sont les suivantes : grossesses non désirées, complications de la grossesse, avortements pratiqués dans des conditions dangereuses et infections sexuellement transmissibles.
On évalue à 4 millions par an, dans le monde entier, le nombre de femmes et de fillettes achetées et vendues à un mari, un proxénète ou un marchand desclaves. Bien que ce trafic soit pratiqué principalement en Asie, les femmes dEurope de lEst y sont de plus en plus exposées.
Reconnaissant le recours croissant à la violence contre les femmes par des belligérants qui en font une arme, une conférence de la Cour pénale internationale tenue en 1998 a ajouté à sa définition des crimes de guerre un statut relatif à la justice contre les auteurs de crimes sexuels, aux termes duquel le viol, lesclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée et dautres formes de violence sexuelle constituent de "graves violations" des Conventions de Genève contre les crimes de guerre2.
Les hommes, les droits en matière de reproduction et légalité entre les sexes (Chapitre 4)
Les considérations dordre sexospécifique concernent les hommes comme les femmes; aussi, comprendre leur identité sexuelle, cest comprendre les perspectives et les contraintes qui sont propres aux femmes et aux hommes. Les définitions des rôles sexosociaux sont souvent rigoureusement stéréotypées et correspondent de moins en moins aux changements externes. Ces attentes hors de lordinaire sont à lorigine de la persistance de linégalité entre les sexes.
Les hommes commencent à sintéresser à la santé des femmes en matière de reproduction quand ils sont mieux informés de la manière dont ils peuvent aider à assurer une grossesse et un accouchement sans danger. Des opinions partagées sur le mariage et le type de comportement approprié améliorent la santé des deux partenaires en matière de reproduction.
Ce que coûte linégalité (Chapitre 5)
Lémancipation des femmes et leur égalité avec les hommes constituent en elles-mêmes dimportants objectifs en matière de droits de la personne, mais elles font aussi partie intégrante du développement. Ce nest pas seulement un problème déconomie : pour citer les paroles de la Directrice exécutive du FNUAP, le docteur Nafis Sadik, "une meilleure santé et une meilleure éducation, ainsi que la liberté de planifier lavenir de leur famille, élargiront les choix économiques des femmes, mais aussi libéreront leur esprit et élèveront leur moral".
Une grande partie du travail des femmes, rémunéré ou non rémunéré, a un impact économique, bien quil arrive rarement que leur contribution soit remarquée ou intégralement quantifiée. Si elle était reconnue pour ce quelle est réellement et recevait un appui correspondant à sa valeur, celle-ci serait encore plus grande. En donnant aux exploitantes agricoles du Kenya le même appui quaux exploitants, par exemple, on augmenterait le rendement de leurs terres de plus de 20 %; en élevant les rémunérations des femmes au niveau de celles des hommes, en Amérique latine, on augmenterait de 5 % la production nationale des pays intéressés.
Lun des secrets du développement durable consistera à reconnaître les coûts de la discrimination sexuelle et les avantages de légalité, rendant ainsi les uns et les autres visibles aux décideurs et aux familles, et à se mettre daccord sur les mesures à prendre.
Soins de santé et éducation
Labsence de soins de santé est préjudiciable à léconomie aussi bien quaux individus. Non moins de 30 % de la croissance économique peuvent être imputés à un meilleur état sanitaire et nutritionnel. Dautre part, lespérance de vie est plus courte dans les pays pauvres et parmi les groupes de population pauvres. Les compressions des services de santé, comme celles imposées après la crise financière de lAsie, affectent plus durement les pauvres, et les femmes pauvres en particulier, qui sont les principaux usagers des services publics. Là où la réduction du financement a conduit à imposer des redevances, il a fallu allonger la durée des convalescences et la proportion des actifs dans lensemble de la population a diminué. Les femmes pauvres étaient parmi les plus durement touchées.
Laccès limité des pauvres aux soins de santé a un impact relativement plus grand sur les femmes que sur les hommes. En particulier, les femmes pauvres sont plus exposées à mourir des suites de la grossesse. Le décès dune mère est plus quune tragédie personnelle : il faut compter parmi ses coûts économiques et sociaux limpact sur la santé et léducation des enfants, ainsi que sur laptitude du père à maintenir lunité de la famille.
De même que le décès et incapacité permanente des mères, le VIH/sida a un coût économique et social fort élevé, en partie du fait que les décès frappent essentiellement des jeunes et des adultes dans la force de lâge, quand les responsabilités familiales sont les plus lourdes et la capacité de gain la plus grande. Pour une part en raison de linégalité entre les sexes, les femmes sont maintenant plus exposées que les hommes à linfection par le VIH. Les coûts économiques du VIH/sida peuvent représenter une perte de 0,5 point de pourcentage dans la croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB), fardeau considérable dans les pays où la croissance est déjà lente.
La violence sexiste comporte aussi des coûts, qui vont de celui des soins aux victimes de lésions à celui de la dissolution de la famille; les coûts indirects comprennent les perspectives davenir ainsi fermées aux femmes et à leurs enfants. Linégalité a aussi des coûts psychologiques, notamment du fait dune moindre confiance en soi et dun état dépressif chez les femmes, et de la frustration des hommes qui entretenaient des espoirs irréalistes.
Des études ont montré à maintes reprises que léducation des fillettes et des femmes a pour effet de relever tous les indices du développement. Refuser léducation aux femmes a ralenti le développement économique et social. Les deux tiers environ des 300 millions denfants qui nont pas accès à léducation sont des filles et les deux tiers des quelque 880 millions dadultes analphabètes sont des femmes.
Dautre part, la rentabilité économique de linvestissement fait dans léducation des femmes est plus élevée que pour les hommes. Les différences entre les taux de fécondité selon les régions sont en corrélation étroite avec les différences entre les niveaux de la santé publique et ceux de léducation des femmes. Une récente étude a attribué aux progrès réalisés dans le niveau déducation des femmes un tiers de laccroissement de lespérance de vie masculine et féminine entre 1960 et 1990.
Tendances démographiques
Les programmes de planification familiale et de santé en matière de reproduction améliorent en général la santé des femmes. Ils tendent à abaisser le taux total de fécondité et à ralentir la croissance démographique. Le vieillissement des populations aura aussi des conséquences économiques et sociales; la vieillesse pose des problèmes différents aux deux sexes. Les facteurs sexospécifiques influent nettement sur ces tendances et exigent une attention neuve des responsables.
Les avantages économiques de la baisse de la fécondité comprennent une "prime démographique", qui soffre au moment où la population active augmente par rapport au nombre des personnes à charge. En améliorant léducation des filles et en couvrant leurs besoins de santé spéciaux, on aidera à tirer le meilleur parti possible de cette prime démographique.
Encadré 3 :
Au-delà des 6 milliards
Comment mesurer le préjugé sexiste
Plusieurs mesures composites servent à évaluer le préjugé sexiste. Les écarts sont considérables et, pour beaucoup de pays, les indicateurs divergent quant aux domaines qui appellent le plus dattention; mais tous saccordent dans une large mesure sur la position relative des pays et des localités.
Sefforcer de mettre fin à linégalité entre les sexes (Chapitre 6)
Légalité est un droit de la personne
Légalité des femmes et des hommes a été admise en tant que principe fondamental des droits de la personne depuis ladoption de la Charte des Nations Unies, en 1945. Plusieurs accords consignés dans des traités internationaux, comme la Convention sur lélimination de toutes les formes de discrimination à légard des femmes, obligent les États signataires à prendre des mesures contre les pratiques discriminatoires.
En tant quexpression de la conscience du monde, les décisions de conférences internationales fondées sur le consensus sont de puissants outils de promotion du droit à légalité. La CIPD (1994) et la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (1995), ainsi que les examens menés après cinq ans concernant ces deux conférences, ont défini dun commun accord les objectifs spécifiques qui tendent à sa réalisation.
Encadré 4 :
Lexamen CIPD+5 et légalité des sexes
Les mesures prises et les mesures à prendre (Chapitre 7)
Les gouvernements doivent prendre les décisions fondamentales daller de lavant en matière dégalité entre les sexes. Les changements à introduire dans le droit national relèvent de la décision du pouvoir souverain; dautre part, dans de nombreux pays en développement, la société civile est assez exiguë et privée de moyens daction. Par ailleurs, les gouvernements offrent de nombreux emplois, et leurs règles et pratiques exercent une puissante influence sur lévolution de la société. Les gouvernements sont les principaux fournisseurs de services tels que la santé et léducation, et la politique suivie dans ces domaines déterminera le rythme du changement.
Les parlementaires sont les intermédiaires entre la population et le gouvernement, bien que les organisations non gouvernementales jouent un rôle croissant dans la définition et la promotion de légalité et de léquité entre les sexes. Souvent, ce sont les parlementaires qui font connaître au gouvernement les réactions du public à une politique donnée, ainsi que lévolution des besoins et des pratiques.
Un changement dans la société ne peut être introduit simplement par voie législative. Il doit être encouragé par les dirigeants et par lexemple. Il peut aussi lêtre par une campagne internationale visant à faire appliquer les accords atteints dans des instruments légalement contraignants, tels que la Convention sur lélimination de toutes les formes de discrimination à légard des femmes, et le consensus moralement contraignant de débats internationaux comme la CIPD. Des initiatives majeures, telle que la campagne mondiale pour léducation des filles, ont été lancées afin de réactiver le débat et de mobiliser lappui promis.
Les pays donateurs sont invités à soutenir ces priorités et se sont engagés à le faire. Mais, dans les années 90, les donateurs nont pas même versé la moitié des montants convenus dans le domaine de la population et de la santé en matière de reproduction; laide de la communauté internationale à lémancipation des femmes et à léducation est aussi terriblement insuffisante. Le montant des fonds destinés à aider les pays à faire progresser légalité entre les sexes nest pas à la mesure des besoins, ce qui nuit aux intérêts des femmes et des hommes, comme aussi de leurs pays, et à lavenir collectif de lhumanité.
Encadré 5 :
Lexamen "Beijing+5" réaffirme lattachement au
Programme daction de 1995
retour au sommet
|