ARTICLE DE PRESSE

 


ETAT DE LPOPULATION MONDIALE 1998

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La réduction de la dimension de la famille peut s’avérer bénéfique du point de vue économique

L'accroissement rapide des populations âgées appelle une planification mûrement réfléchie

De pair à pair:  Maîtrisons notre destin

L'ère de l'accroissement rapide de la population n'est pas encore révolue
L’ère de l’accroissement rapide de la population n’est pas encore révolue

La baisse de la fécondité et la réduction de la dimension des familles ont fait dire à d’aucuns que «c’en était fini de l’explosion démographique» et qu’il n’était plus nécessaire de militer en faveur du choix en matière de reproduction et d’un ralentissement de l’accroissement de la population. De telles affirmations sont erronées à plus d’un titre.

La population mondiale augmente aujourd’hui de plus de 80 millions d’individus par an, contre 58 millions en 1960, au plus fort de l’»explosion démographique». Comme le signale le rapport Etat de la population mondiale 1998 publié par le Fonds des Nations Unies pour la population, le taux annuel de croissance est beaucoup moins élevé (1,4 %, contre 2 %), mais la population de base, elle, a doublé.

En 1950, le monde comptait 2,5 milliards d’habitants ; en juin 1999, il y en aura 6 milliards ; selon les projections de l’Organisation des Nations Unies, la population mondiale devrait se situer entre 7,7 milliards et 11,1 milliards d’individus en 2050, le chiffre de 9,4 milliards étant considéré comme le plus probable. Autrement dit, l’accroissement de la population pourrait être au moins aussi important au cours des 50 prochaines années qu’il l’a été pendant les 50 années écoulées.

Depuis le début des années 60, l’utilisation des contraceptifs a été multipliée par cinq, passant de 10-12 % des couples mariés à 60 %. Le taux de fécondité totale a diminué de moitié dans le monde, passant de six enfants par femme à trois. Dans certains pays, les couples n’ont plus les deux enfants qui assureraient leur remplacement au sein de la population. Mais dans les pays en développement, sauf la Chine, les femmes ont en moyenne quatre enfants, soit deux fois le niveau requis pour assurer une population stable. En Afrique subsaharienne, le taux de fécondité totale est de six enfants.

Ceux qui craignent un tassement de la population ont tendance à ne porter leur regard que sur les pays où les couples ont deux enfants – le taux de remplacement – ou moins, comme c’est le cas dans la plupart des pays développés, dans quelques pays en voie d’industrialisation rapide et en Chine. C’est le cas actuellement de 51 pays, qui représentent 44 % de la population mondiale. En 2015, ce pourrait être le cas de 88 pays représentant deux tiers de la population mondiale. Mais les projections sont des suppositions éclairées, elles dépendent d’hypothèses cncernant un comportement futur qui se réaliseront ou ne se réaliseront pas. Une des hypothèses clefs concernant les pays en développement est que l’utilisation de la contraception continuera à se développer et que la fécondité continuera à diminuer.

En se focalisant sur les taux actuels de natalité, on risque de ne pas tenir compte de ce qui s’est produit dans le passé. Le fait est que l’accroissement de la population devrait se poursuivre, même si la fécondité baissait immédiatement jusqu’à atteindre le niveau de remplacement. Eu égard au fait que la fécondité a été élevée dans un passé récent, une forte proportion de la population de la plupart des pays en développement est jeune. Il y a plus de deux milliards d’individus âgés de moins de 20 ans dans les pays en développement, et le nombre de femmes du groupe d’âges 15-19 est plus élevé que jamais auparavant. C’est pourquoi le nombre de personnes en âge d’avoir des enfants va continuer à augmenter pendant plusieurs décennies, tout comme le nombre total de naissances.

Pas moins de deux tiers de l’accroissement projeté de la population mondiale sera imputable à cet «élan démographique», et ce pourcentage sera plus élevé dans les pays en développement où la baisse de la fécondité a été la plus rapide. En Thaïlande, par exemple, où trois personnes sur dix ont moins de 15 ans, la population devrait augmenter de 18 % de 1998 à 2025, même si le couple moyen a moins de deux enfants.

Les projections de la dimension de la population mondiale sont extrêmement sensibles à de légères variations dans les hypothèses. En partant de l’hypothèse qu’à partir de 2025, la fécondité mondiale se maintiendra à 2,2 enfants par femme, on arrivera en 2150 à une population de 18,3 milliards d’individus ; si l’hypothèse retenue est de 1,8 enfant par femme à partir de 2025, on arrivera en 2150 à une population de 6,4 milliards d’individus.

En définitive, la dimension de la population dépend non seulement de la descendance finale, mais également de la décision concernant le moment d’avoir le premier enfant. On estime que si les mères avaient leur premier enfant non pas à 18 ans mais à 23 ans, cela réduirait l’élan démographique de plus de 40 %.


Il n’est certes pas question d’élan démographique en Europe où la fécondité est faible depuis longtemps, mais ceux qui font état d’un tassement de la population n’en exagèrent pas moins, et ce pour deux raisons :

Tout d’abord, les projections qui se fondent sur le fait que la fécondité n’atteint pas le seuil de remplacement ne tiennent pas compte de la possibilité d’une immigration en provenance de pays où la fécondité est élevée. De nombreux pays sont en train de renforcer les restrictions aux migrations, mais ils le font en réponse aux pressions croissantes qu’exercent ceux qui veulent aller chercher du travail ailleurs. Il n’est pas interdit de penser que les migrations vers les pays où la fécondité est faible vont augmenter à l’avenir plutôt que diminuer.

En second lieu, le taux de fécondité totale, qui part de la fécondité actuelle pour essayer de prévoir ce qui se passera, risque de sousestimer la descendance finale. Il se pourrait que les familles – et les populations futures – aient une dimension supérieure à celle qu’indique le taux de fécondité totale. Celuici ne mesure pas l’expérience réelle des femmes. Au lieu de cela, il part de l’expérience de fécondité de femmes d’âges différents au cours d’une période de temps récente pour calculer combien d’enfants une femme aurait si elle avait un nombre similaire d’enfants tout au long de ses années de reproduction.

Ce qui arrive souvent lorsque la fécondité atteint un faible niveau, c’est qu’il se produit un changement dans le moment où les naissances ont lieu. Les femmes ont moins d’enfants, mais elles les ont aussi plus ard dans la vie et sur une période plus courte. Mesurer les naissances qui surviennent actuellement chez de jeunes femmes ne permet pas d’augurer de leur intention d’avoir des enfants plus tard ; l’expérience actuelle de femmes âgées, par ailleurs, n’indiquera pas les enfants qu’elles ont eus antérieurement.

Par exemple, on estime que le taux de fécondité totale en France se situe aux environs de 1,63. Mais la descendance finale des groupes d’âges les plus récents s’établissait en moyenne à 2,1 enfants. De même, au Japon la descendance finale des couples mariés du groupe d’âges 15-19 s’est établie en moyenne à 2,2 enfants, alors que le taux de fécondité totale y est de 1,4.

Pareillement, les projections démographiques qui se fondent sur le taux de fécondité totale actuel risquent d’exagérer les diminutions, à moins qu’elles ne tiennent compte de la modification des tendances en matière de fécondité et de mariage au gré des âges. Une légère sous-estimation des niveaux actuels de fécondité risque d’être démesurément grossie lorsqu’on la projette dans l’avenir.

La réduction substantielle de la fécondité observée ces 30 dernières années traduit une modification des normes sociales. L’amélioration des conditions économiques et sociales, du taux de survie de l’enfant et des perspectives fait que de plus en plus de couples souhaitent réduire la dimension de la famille et avoir des enfants plus tard dans la vie. Mais une diminution de la fécondité suppose aussi que les couples aient accès à l’information et aux services requis pour concrétiser leurs souhaits.

Les programmes nationaux qui assurent l’information et les services en matière de planification familiale, ainsi que les soins de santé en matière de reproduction ont beaucoup contribué à freiner l’accroissement de la population dans les pays en développement depuis les années 60, en permettant aux couples de maîtriser dans une certaine mesure la dimension de la famille et l’espacement des naissances de leurs enfants. Mais beaucoup de couples continuent à avoir plus d’enfants qu’ils n’en souhaitent effectivement.

Les projections en matière de fécondité annonçant une diminution de l’accroissement de la population supposent une amélioration continue de l’efficacité des programmes de santé en matière de reproduction. Or, comme l’expérience le montre, cette amélioration n’est pas acquise d’avance. Comme la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 l’a reconnu, l’amélioration de la qualité et de la portée des programmes exigera des engagements financiers et institutionnels de la part tant des pays en développement que de la communauté des donateurs.

En permettant aux couples et aux individus de décider du nombre d’enfants qu’ils veulent avoir et de l’espacement de leurs naissances, ce qui constitue un des droits fondamentaux de la personne humaine, on renforcera la tendance mondiale à réduire la dimension de la famille et à ralentir l’accroissement de la population. Nombre de mots: 1 453

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