ARTICLE DE PRESSE

 


ETAT DE LPOPULATION MONDIALE 1998

LES GÉNÉRATIONS NOUVELLES


 

Articles suplémentaires

La réduction de la dimension de la famille peut s’avérer bénéfique du point de vue économique

L'accroissement rapide des populations âgées appelle une planification mûrement réfléchie

De pair à pair:  Maîtrisons notre destin

L'ère de l'accroissement rapide de la population n'est pas encore révolue

La réduction de la dimension de la famille peut s’avérer bénéfique du point de vue économique

Au cours des 20 prochaines années, la jeune génération d’aujourd’hui, la plus nombreuse que le monde ait jamais connue, va gonfler les effectifs de la population d’âge actif dans beaucoup de pays. A condition que l’emploi soit au rendez-vous, le développement bénéficiera d’un «boni démographique» exceptionnel.

Selon le rapport Etat de la population mondiale 1998 publié par le Fonds des Nations Unies pour la population, la tendance récente à une réduction de la dimension de la famille observée dans une grande partie du monde représente une fenêtre de tir qu’il faudra savoir exploiter au moment où les travailleurs auront proportionnellement moins de personnes, jeunes ou âgées, à charge. Les sociétés qui investiront dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la création d’emplois s’en trouveront mieux sur le plan économique, ce qui se traduira par une amélioration générale de la qualité de la vie et allègera le fardeau que constitue l’obligation de soutenir une population âgée. A l’inverse, l’incapacité de créer de nouveaux emplois pour une population plus nombreuse et d’abaisser le niveau actuel du chômage risque de provoquer des tensions sociales et l’instabilité.

En 1950, on comptait 1,9 personne d’âge actif (15 à 64 ans) pour une personne à charge, âgée de moins de 15 ans ou de plus de 65 ans ; ce rapport est tombé à 1,7 en 1965 du fait du «baby boom». Puis, cette génération du «baby boom» arrivant à l’âge adulte, le rapport s’est redressé et cette situation devrait continuer jusqu’en 2010, moment où le rapport atteindra à nouveau 1,9. A partir de là, il devrait commencer à diminuer, la population âgée augmentant, pour atteindre 1,4 en 2050.

En Asie de l’Est, plusieurs pays ont déjà su tirer parti de ce «boni démographique». Entre 15 et 40 % de l’augmentation du revenu par habitant enregistrée en Asie de l’Est au cours des dernières décennies est imputable à un afflux momentané de main-d’oeuvre, la fécondité y ayant diminué rapidement. Pendant la période 1965-1990, le PNB par habitant en Asie de l’Est a augmenté chaque année de 6,1 % en moyenne ; la contribution des tendances démographiques à cette augmentation se situe entre 0,9 et 1,5 %.

Les pays d’Asie ont investi leur dividende démographique dans les soins de santé et l’éducation. Ainsi la République de Corée a porté le taux de scolarisation secondaire de 38 % à 84 % de 1970 à 1990 et plus que triplé le volume des dépenses consenties par élève du secondaire. L’Amérique du Sud a eu les mêmes atouts en main, mais elle n’en a pas profité, faute d’avoir consenti des investissements analogues.

La modification de la structure par âge représente un atout et un défi analogues pour l’Asie du Sud, l’Asie du Sud-Est, l’Asie de l’Ouest et l’Afrique du Nord. Quant à l’Afrique subsaharienne, où la fécondité demeure élevée, elle n’a pas encore connu un afflux de main-d’oeuvre.

En Asie du Sud, par exemple, le rapport de la population d’âge actif à la population âgée de moins de 15 ans ou de plus de 65 ans devrait passer de 1,35 en 1990 à 2,13 vers 2030, avant de commencer à diminuer. Les facteurs démographiques pourraient contribuer à une augmentation du PNB par habitant de l’ordre de 0,55 à 1,25 %, ce qui équivaudrait au dividende démographique que l’Asie de l’Est a perçu pedant sa période d’essor économique.

Un «afflux de main-d’oeuvre» exceptionnel peut stimuler la croissance n’importe où. Le rôle qu’il a joué à cet égard en Europe entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle fait actuellement l’objet d’études.

L’environnement politique et économique à long terme joue également un rôle déterminant du point de vue de la création des emplois nécessaires ; l’évolution récente des marchés asiatiques illustre l’importance que revêtent la bonne gouvernance, ainsi que la politique économique et les cadres institutionnels pour garantir que les investissements sociaux ne seront pas dilapidés.

Les investissements passés consentis dans l’éducation et la santé aideront les économies des «tigres asiatiques» à surmonter les turbulences et les incertitudes : la réduction de la mortalité et de la fécondité imputables auxdits investissements rendra de nouveaux investissements moins nécessaires et une main-d’oeuvre mieux formée remettra les économies sur leurs rails.

Cependant, l’afflux de main-d’oeuvre ne présente pas que des avantages. D’ici à 2010, 700 millions de jeunes vont arriver sur le marché du travail dans les pays en développement (c’est-à-dire un nombre plus élevé que l’ensemble de la main-d’oeuvre des pays développés en 1990). L’Organisation internationale du Travail estime qu’il faudrait créer plus d’un milliard d’emplois pour accueillir ces nouveaux travailleurs et réduire le chômage. Pour relever ce défi redoutable, il sera indispensable de continuer à abaisser les taux de natalité et à développer les programmes éducatifs.

Un exode de travailleurs qualifiés qui décideraient d’émigrer vers les pays industrialisés risquerait de réduire l’importance du dividende démographique que perçoivent les pays en développement. En revanche, les envois de fonds des travailleurs migrants soutiennent leurs familles, les collectivités et l’économie nationale. Bien utilisé, le dividende démographique pourrait accélérer le développement des pays d’origine et réduire les pressions qui contraignent les individus à émigrer.

Le défi que doivent relever les pays industrialisés d’Europe et d’Amérique du Nord et le Japon est d’un autre ordre. Ces pays ont déjà connu l’afflux de main-d’oeuvre : la fécondité y est déjà faible et l’accroissement de la population lent. Mais le changement démographique ne devrait pas nécessairement obscurcir leurs perspectives, si tant est qu’ils améliorent leur productivité et adaptent leurs économies aux demandes nouvelles.

L’arrivée de migrants dans les pays industrialisés pourrait augmenter la main-d’oeuvre et compenser le nombre croissant de personnes âgées qui sont à charge, mais cela supposerait des politiques de migration plus libérales dont la faisabilité politiques n’est pas certaine. De toute façon, cette augmentation de la main-d’oeuvre devrait se situer bien au-delà des niveaux actuels de migration pour avoir le même effet qu’un relèvement de l’âge de la retraite.

Augmenter la fécondité pour «faire pousser» la main-d’oeuvre ne constitue pas une réponse. Aucun pays n’est parvenu à augmenter la fécondité en allant à contre-courant d’une tendance démographique à la baisse. Les femmes n’accepteront pas de gaieté de coeur de devenir plus fécondes dans l’intérêt public. Mis à part les appels au patriotisme et les incitations classiques d’ordre fiscal ou sous forme d’allocations, on ne voit pas très bien quel type de politique nataliste on pourrait mettre en oeuvre pour augmenter la fécondité sans empiéter sur un droit de l’homme fondamental, celui de choisir le nombre d’enfants qu’on souhaite avoir et de décider de l’espacement de leurs naissances. Même si de telles politiques étaient faisables, elles n’auraient pas d’effet sur la main-d’oeuvre avant 20 as et cela exigerait des investissements considérables dans le domaine de l’éducation, du logement et de la santé qui risqueraient d’effacer tout avantage qu’on pourrait escompter.

On peut s’attendre à un certain ralentissement du développement économique, une fois épuisé le dividende démographique, au début de la seconde moitié du XXIe siècle dans beaucoup de régions, peutêtre plus tard dans les régions où la fécondité diminue plus lentement. Toutefois, si le dividende a été investi à bon escient, ces taux de croissance plus réduits s’appuieront sur une base économique plus large et ils demeureront importants. Une population stable offrira de nouvelles possibilités de réaliser des investissements productifs.

Faute d’assurer le développement humain par le biais d’une amélioration de la santé et de l’éducation, on risquerait d’entraver la transition en douceur qui doit conduire à une fécondité moindre et à une population stable. On pourrait ainsi renforcer le risque d’une pandémie de VIH/sida. On craint que d’ici à 2010 le nombre des orphelins du sida ne soit multiplié par cinq. Une propagation de l’épidémie pourrait réduire la main-d’oeuvre et gonfler le ratio de dépendance économique.

— Nombre de mots: 1 284

Articles suplémentaires  arrownxgr.gif (64 bytes)

.