À L’abri
Dans La
Tourmente

Un programme porteur de
changements pour les femmes et les
filles d’un monde en crise

Le monde dans lequel nous vivons doit faire face à des crises humanitaires de plus en plus coûteuses pour les économies, les communautés et les individus. Les guerres et les catastrophes naturelles arrivent en tête, au moins dans un premier temps. En revanche, si elles sont moins visibles, les crises dues à la fragilité, à la vulnérabilité et à des inégalités croissantes sont tout aussi onéreuses, et laissent à des millions de personnes de bien fragiles espoirs de paix et de développement.

PLUS DE 100 MILLIONS DE PERSONNES ONT ACTUELLEMENT BESOIN D’AIDE HUMANITAIRE 26 MILLIONS D’ENTRE ELLES SERAIENT DES FEMMES ET DES ADOLESCENTES EN ÂGE DE PROCRÉER

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Risque

Les femmes et les filles
particulièrement
défavorisées

Catastrophes naturelles

Le nombre de catastrophes naturelles a triplé entre 1980 et 2000 et, même si cette tendance a été suivie d’un léger déclin, on compte tout de même deux fois plus de catastrophes aujourd’hui qu’il y a 25 ans.

En moyenne, trois fois plus de personnes ont perdu la vie à la suite d’une catastrophe naturelle dans les pays à faible revenu (332 décès) que dans ceux à revenu élevé (105 décès). La même tendance se dégage lorsque l’on oppose d’un côté les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, et de l’autre les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et à revenu élevé. Ensemble, les pays à revenu élevé comptent 56 pour cent des catastrophes, mais seulement 32 pour cent des décès, tandis que les pays à faible revenu ont été touchés par 44 pour cent des catastrophes et comptabilisent 68 pour cent des décès.

Pour chaque personne qui perd la vie lors d’une catastrophe naturelle, des centaines d’autres sont également touchées et ont besoin d’une assistance de base immédiate, indispensable à leur survie, notamment de la nourriture, de l’eau, un abri, un accès à des installations d’assainissement ou des soins médicaux d’urgence. Les personnes touchées par les catastrophes naturelles perdent généralement leur maison et leurs moyens de subsistance, sont séparées de leur famille, souffrent de maladies, de handicaps ou voient leurs possibilités limitées à vie, et sont déplacées loin de leur communauté.

Bien qu’un nombre plus important de catastrophes ait été enregistré au cours des 20 dernières années, le nombre moyen de personnes touchées a quant à lui diminué, passant d’une personne sur 23 entre 1994 et 2003 à une personne sur 39 entre 2004 et 2014.

En tenant compte de la croissance démographique, les chances d’être déplacé en raison d’une catastrophe naturelle sont aujourd’hui 60 pour cent plus élevées qu’elles ne l’étaient il y a quarante ans. Au cours des vingt dernières années, 340 catastrophes en moyenne ont eu lieu chaque année, touchant 200 millions de personnes et faisant en moyenne 67 500 victimes par an.

Rajina Tamang et son bébé au milieu des décombres du village de Kuni, au Népal, détruit lors du séisme de magnitude 7,8 qui a frappé le centre du pays.
Photo © Panos Pictures/Brian Sokol

 

Nombre de catastrophes naturelles enregistrées dans le monde entre 1994 et 2014, par type de catastrophe

* Sont incluses les catastrophes telles que les invasions d’insectes, les températures extrêmes, les glissements de terrain, les éruptions volcaniques et les feux de forêt. (CRED, 2015a)

Nombre estimé de personnes touchées par des catastrophes naturelles entre 1994 et 2014, par type de catastrophe

* Sont incluses les catastrophes telles que les invasions d’insectes, les températures extrêmes, les glissements de terrain, les éruptions volcaniques et les feux de forêt. (CRED, 2015a)

Nombre de catastrophes naturelles enregistrées entre 1994 et 2014, par région

(CRED, 2015a)

Nombre estimé de personnes touchées par des catastrophes naturelles entre 1994 et 2014, par région

(CRED, 2015a)
 

Conflits

La Seconde Guerre mondiale, qui demeure le conflit le plus important qu’ait connu le monde moderne, reste le point de référence de l’humanité en matière de pertes massives. Environ 3 pour cent de la population mondiale a péri à la suite de ce conflit, de ses préludes ou de ses répercussions, tandis que plus d’un tiers a été touché par ce dernier. Par conséquent, pour chaque décès, dix autres vies ont été radicalement bouleversées.

En 2014, le nombre total de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde s’élevait à 59,5 millions ; il s’agit du nombre le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale. Le nombre de personnes déplacées a par ailleurs doublé entre 2010 et 2015.

En 2014, plus de la moitié des nouveaux réfugiés venaient d’Afghanistan, de Somalie, du Soudan et de Syrie. Plus de la moitié des personnes déplacées vivent en Colombie, en Iraq, au Soudan et en Syrie.

Aujourd’hui, environ une personne sur quatre au Liban et une personne sur dix en Jordanie est un réfugié. De nos jours, environ un réfugié sur trois seulement vit dans un camp, tandis que deux sur trois vivent en zone urbaine.

Dans le monde, environ deux tiers des réfugiés se trouvent dans des « situations d’exil apparemment définitif ». Ils passent en moyenne 20 ans loin de chez eux. Les 25 pays les plus affectés par la présence prolongée de réfugiés sont tous des pays en développement.

Les hommes ont beaucoup plus de chances de mourir de causes directes, au cours du conflit, tandis que les femmes sont plus souvent des victimes indirectes, blessées ou tuées à la suite du conflit. Toutes les estimations relatives au nombre de décès directement liés aux conflits suggèrent que plus de 90 pour cent des victimes sont des jeunes hommes.

 
 

Fragilité et vulnérabilité

Dans le monde, un tiers des personnes démunies vivent dans un État fragile. La Banque mondiale estime que plus d’un milliard de personnes vivent dans l’extrême pauvreté, soit environ 15 pour cent de la population mondiale. L’extrême pauvreté, autrefois concentrée en Asie de l’Est, est désormais principalement présente en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud ; ces régions totalisent 80 pour cent de la population pauvre du monde, majoritairement composée de femmes et d’enfants.

Les pauvres sont particulièrement vulnérables aux répercussions des conflits et plusieurs mesures de la fragilité suggèrent que des niveaux élevés de pauvreté et d’inégalité en termes de revenu peuvent contribuer à l’instabilité. Les pauvres disposent de ressources, notamment économiques et sociales, plus limitées leur permettant de faire face et de se relever en cas de conflit, qui peut en retour aggraver l’état de pauvreté.

De nombreux éléments peuvent expliquer cette fragilité et ses causes, mais quelle que soit sa définition, la fragilité est étroitement liée à des forces, telles que la pauvreté, l’inégalité et l’exclusion, qui touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles.

Lorsque l’on met en parallèle la fragilité des États et les principaux indicateurs de santé reproductive, des corrélations se dégagent et montrent que dans les pays extrêmement fragiles, les accouchements ont moins de chances de se dérouler en présence de personnel qualifié, les taux de grossesse précoce sont généralement plus élevés et les besoins de planification familiale, moins satisfaits.

En 2010, près de la moitié de la population des pays à faible revenu vivait dans des États considérés comme fragiles, en situation de conflit ou se relevant d’un conflit. Ces mêmes pays concentrent également 60 pour cent de la population mondiale touchée par la sous-alimentation, 77 pour cent des enfants non inscrits à l’école primaire, 70 pour cent des décès infantiles et 64 pour cent des naissances survenant sans la présence de personnel qualifié.

Les conflits, la violence, l’instabilité, l’extrême pauvreté et la vulnérabilité aux catastrophes sont des problèmes étroitement liés qui empêchent aujourd’hui plus d’un milliard de personnes de bénéficier d’avancées sociales et économiques majeures depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Une combinaison complexe de risques entremêlés contribue au déplacement des populations et détermine les schémas de mouvement et les besoins dans les pays fragiles et touchés par des conflits. D’autres facteurs supplémentaires de vulnérabilité, tels que le sexe, l’origine ethnique, le niveau de revenu et le lieu de résidence, semblent accroître les risques de préjudices sur le long terme et les difficultés à se relever d’une crise. Par ailleurs, la pauvreté et un faible niveau d’éducation, qui recouvrent tous les aspects de l’exclusion sociale, entraînent une profonde vulnérabilité.

À Bhaktapur, au Népal, Sapana Suwal, 25 ans, et ses enfants se reposent dans un abri accueillant les survivants du tremblement de terre qui a frappé le pays.
Photo © Panos Pictures/Brian Sokol

 

Le Fragile States Index (« indice de fragilité des États ») du Fund for Peace

Le Fragile States Index (« indice de fragilité des États ») du Fund for Peace examine 12 critères de vulnérabilité, notamment le développement économique (inégal ou équitable), le respect des droits fondamentaux et des libertés, l’étendue de la pauvreté et du déclin économique, la fréquence des catastrophes et l’accès aux services de base, en particulier l’éducation et la santé. Selon cet indice, quatre pays sont en « état d’alerte très élevé » : le Soudan du Sud arrive en tête, suivi de la Somalie, de la République centrafricaine et du Soudan. Cet indice montre également que le niveau de fragilité a empiré dans 67 pays entre 2013 et 2014 (FFP, 2015).
Les désignations retenues et la présentation générale des cartes contenues dans le présent rapport n’impliquent l’expression d’aucune opinion de la part de l’UNFPA concernant le statut juridique de tout pays, territoire, ville ou région ni de leurs autorités, non plus que la délimitation de leurs frontières.
 

Risques pour les femmes et les adolescentes

Les crises humanitaires affectent les femmes et les adolescentes de manière disproportionnée.

Les crises, qu’elles soient soudaines ou prolongées, exposent les femmes et les filles – de même que leur santé et leurs droits en matière de sexualité et de procréation – à plusieurs niveaux de risques disproportionnés.

Les conflits et les catastrophes peuvent aggraver une situation déjà délicate. Le déclenchement d’une crise accroît la vulnérabilité des femmes et des adolescentes aux infections sexuellement transmissibles, dont le VIH, aux grossesses non prévues et non désirées, à la morbidité et à la mortalité maternelles, ainsi qu’à d’autres problèmes de santé qui peuvent aussi concerner les nourrissons. Les femmes et les adolescentes sont également plus exposées à la violence sexiste, à la violence au sein du couple, aux viols, à la traite et au mariage précoce.

L’expérience des femmes et des jeunes diffère en fonction d’un ensemble complexe de facteurs, comme l’âge, le sexe, la situation matrimoniale, le statut économique ou le lieu de résidence. D’autres vulnérabilités sont liées à l’appartenance à une minorité ethnique, à la séropositivité ou au handicap, au statut de réfugié, de personne déplacée ou pauvre, au soutien apporté par la famille ou aux personnes à charge.

Tous ces facteurs, souvent reliés entre eux de manière complexe et variée, influencent les risques et les vulnérabilités des personnes.

 

À 65 kilomètres des côtes libanaises, un bateau traverse le canal de Sicile. Photo © VII Photo/Franco Pagetti
 

Les grossesses et les accouchements ne cessent pas en situation de crise

Sierra Leone

Environ 123 000 femmes étaient enceintes pendant la crise Ebola qui a sévi en Sierra Leone en 2015.

Népal

D’après les estimations de l’UNFPA, environ 126 000 femmes étaient enceintes au moment du tremblement de terre qui a secoué le pays en avril 2015; parmi elles, 21 000 ont eu besoin de soins obstétricaux dans les mois qui ont suivi la catastrophe.

Philippines

On estime à 250 000 le nombre de femmes enceintes lors du passage du typhon Haiyan en novembre 2013 et à 70 000 celles qui arrivaient à terme au cours du premier trimestre 2014.

Vanuatu

Lors du passage du cyclone tropical Pam (2015), on comptait environ 8 500 femmes enceintes et allaitantes dans les provinces touchées.

 

Si l’on constate d’importantes différences entre les femmes et les jeunes dans tout contexte de crise, on relève cependant deux facteurs primordiaux communs susceptibles d’aggraver les risques : le premier est l’inégalité entre les sexes, qui se poursuit et se creuse souvent davantage pendant les crises humanitaires.

Les inégalités se manifestent par leur accès réduit à l’éducation, aux ressources économiques et politiques et aux réseaux sociaux et peuvent avoir des conséquences dramatiques en cas de pénurie alimentaire, lorsque les familles assurent uniquement ou presque l’alimentation des garçons.

Le deuxième facteur primordial d’aggravation des risques est la dégradation ou la perturbation des infrastructures et des services indispensables de santé sexuelle et reproductive en cas de crise et l’accès réduit à ces services, s’ils existent encore, en raison du chaos ou de l’insécurité.

 

Intervention

Mesures et services essentiels
au début d’une crise

Il y a seulement 20 ans, la santé sexuelle et reproductive figurait loin derrière des priorités telles que l’eau, la nourriture et l’hébergement lors des interventions humanitaires. Les études réalisées et les données recueillies depuis le début des années 1990 ont cependant permis de rendre la santé des femmes et des filles beaucoup plus visible. De nombreuses interventions humanitaires répondent désormais aux besoins associés à la grossesse et à l’accouchement, et s’emploient à prévenir et à aborder la vulnérabilité aux violences sexuelles et sexistes ainsi qu’aux infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH.

Non seulement la satisfaction de ces besoins est de plus en plus reconnue comme un impératif humanitaire et une question de respect des droits fondamentaux, mais il est désormais évident que garantir un accès à des services de santé sexuelle et reproductive ouvre la voie au relèvement, à la réduction des risques et à la résilience. Les femmes et les filles en bénéficient, mais elles ne sont pas les seules. Lorsqu’elles peuvent recevoir des soins de santé sexuelle et reproductive, en parallèle de programmes humanitaires variés s’attaquant sciemment aux inégalités, il en découle des effets positifs qui se répercutent sur tous les aspects de l’action humanitaire. 

Planification familiale

Pendant une crise humanitaire, la planification familiale constitue un investissement fiable lorsque les fonds réservés aux interventions d’urgence sont limités. En règle générale, chaque dollar dépensé pour des services de contraception représente une économie de 1,70 à 4 dollars sur les frais médicaux de santé maternelle et néonatale.

L’an dernier, l’UNFPA a fourni des contraceptifs et d’autres articles de planification familiale dans ses trousses de santé reproductive d’urgence, destinées aux 20 780 000 femmes, hommes et adolescents en âge de procréer vivant en situation de crise humanitaire dans le monde.

La planification familiale est un élément indispensable des interventions d’urgence, mais aussi de la reconstruction et du relèvement. Elle profite directement aux femmes et aux filles en augmentant l’épargne et la productivité des familles et en améliorant les perspectives d’éducation et d’emploi. Elle est également bénéfique pour la santé, car la diminution des grossesses non désirées entraîne une réduction des complications à l’accouchement et des décès maternels. 

 

Interventions humanitaires des nations unies, 2007-2014

Catastrophes Conflits
 

Santé maternelle

Dans toute situation humanitaire, le rôle de l’UNFPA consiste à veiller à ce que les femmes puissent accéder à des services d’accouchement sûrs, quelles que soient les circonstances, afin de protéger la vie et la santé des mères et des enfants.

Les 10 pays où le taux de mortalité maternelle est le plus élevé sont ravagés par la guerre ou en cours de relèvement (Organisation mondiale de la Santé et al., 2014).

Il faut parfois faire preuve de créativité pour garantir aux femmes des communautés lointaines ou dispersées un accès à des services de santé maternelle et néonatale.

Les agents de santé communautaires chargés de la lutte contre Ebola en Guinée, par exemple, se servaient de smartphones pour enregistrer les personnes exposées au virus et transmettre les renseignements clés aux responsables de la santé.

En Somalie, le personnel infirmier a recours à des systèmes GPS pour faciliter la prestation de services de santé aux personnes déplacées dans les régions reculées (Shaikh, 2008).

Toujours en Somalie, l’UNFPA soutient 34 foyers où les femmes enceintes souffrant de complications sont soignées et placées en observation en attendant leur accouchement dans un établissement de santé.

 

L’unfpa soutient l’accès des femmes et des filles aux services

Image Map Tchad Niger Nigéria Cameroun

Fournitures et services fournis entre janvier et septembre 2015 dans les pays du bassin du lac Tchad où sévit Boko Haram

Cameroun

4 075 trousses d’accouchement médicalisé distribuées dans les relais santé des camps et les centres de santé

5 400 kits de dignité fournis aux femmes et aux filles enceintes ou vulnérables

10 000 réservatifs masculins distribués

110 femmes bénéficiaires de moyens de contraception

11 cas de viol pris en charge sur le plan clinique

30 agents de santé de district et 40 agents de santé communautaires formés et déployés

22 nouvelles sages-femmes déployées

5 maisons des jeunes équipées pour permettre aux adolescents d’acquérir des compétences et d’être accompagnés

4 établissements de santé publics équipés destinés aux réfugiés, proposant des services de santé reproductive de qualité

4 espaces dédiés aux jeunes et aux femmesspaces créés dans le camp de Minawao

Niger

53 312 préservatifs distribués

10 913 femmes et adolescentes bénéficiaires de la planification familiale

1 458 accouchements pratiqués en toute sécurité

1 407 kits de dignité distribués aux réfugiées

906 femmes bénéficiaires de soins prénatals

118 adolescents et jeunes formés en tant qu’éducateurs en santé reproductive pour les réfugiés

40 prestataires de santé formés

22 victimes de violence sexiste bénéficiaires d’un soutien psychologique

Tchad

28 000 préservatifs distribués

2 500 femmes, hommes et jeunes sensibilisés à la violence sexiste dans le cadre de séances d’information

1 500 femmes bénéficiaires de soins prénatals

1 500 femmes bénéficiaires de services relatifs à la violence sexiste

510 accouchements pratiqués en toute sécurité

500 femmes bénéficiaires de moyens de contraception

Nigeria

2 108 441 personnes sensibilisées à la prévention et à la neutralisation de la violence sexiste

27 293 accouchements pratiqués en toute sécurité

22 000 femmes et adolescentes bénéficiaires de kits de dignité

214 trousses de santé reproductive (1 759 cartons) distribuées, contenant du matériel médical de première nécessité, des médicaments et d’autres articles

213 agents de santé et responsables de programme formés à la prestation de services de santé reproductive dans les situations de crise humanitaire

56 sages-femmes et infirmières formées à l’administration de moyens de contraception réversibles à longue durée d’action

 

Prévention et traitement du VIH

Le VIH fait depuis 20 ans l’objet d’une attention croissante dans les situations de crise humanitaire. Il reçoit plus de fonds et d’aide ciblée que les autres volets de la santé sexuelle et reproductive. De nombreux pays ont sensiblement progressé dans l’accès aux antirétroviraux et dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant.  

La lutte contre la violence sexiste dans les situations de crise humanitaire nécessite la mise en place de services et de soutiens pour protéger les populations concernées, réduire les conséquences néfastes et prévenir blessures, traumatismes et souffrances. Les directives des Nations Unies à ce sujet insistent sur le fait que « tout le personnel humanitaire doit être convaincu de l’existence de la violence sexiste au sein des populations concernées ; qu’il s’agit d’un problème grave, mettant des vies en péril ; et qu’il convient de prendre des mesures […] sans tenir compte de l’existence ou de l’absence de preuves concrètes » (CPI, 2005).

La violence sexiste englobe la violence sexuelle (viol, abus, exploitation, prostitution forcée), la violence domestique, les mariages forcés ou précoces, les pratiques traditionnelles néfastes (telles que les mutilations génitales féminines), les crimes d’honneur, le lévirat et la traite d’êtres humains (IAWG, 2010). En cas de crise humanitaire, la lutte contre la violence sexiste exige dès lors une approche multisectorielle.

Protection du droit à la santé des adolescents

Les situations de crise humanitaire s’accompagnent de risques inhérents qui augmentent la vulnérabilité des adolescents à la violence, à la pauvreté, à la séparation des familles, aux abus sexuels et à l’exploitation. De surcroît, les adolescentes sont davantage exposées au risque de grossesse non désirée en raison du nombre accru de rapports sexuels forcés, d’une plus grande prise de risques et d’une disponibilité réduite des services de santé sexuelle et reproductive destinés aux adolescents, jugés moins impératifs.

Les jeunes peuvent être des acteurs du changement, capables de faire progresser la reconstruction et le développement de leurs communautés. Mais pour s’engager dans ce processus, ils doivent pouvoir accéder à divers programmes (éducation formelle et informelle, compétences de la vie courante, alphabétisation, calcul, formation professionnelle) et à des stratégies innovantes pour lutter contre l’insécurité et la pénurie de personnel.

 
  • Haya, 18 ans, a été mariée à son cousin à l’âge de 15 ans. Deir Alla, Jordanie. Dans un souci de confidentialité, le nom complet de Haya n’est pas communiqué. © UNFPA/Sharron Ward
  • Haya se tient dans sa tente, aux abords de la ville de Deir Alla, dans la vallée du Jourdain. Dans un souci de confidentialité, le nom complet de Haya n’est pas communiqué. © UNFPA/Sharron Ward
  • La docteure Ruba al Kayed en consultation avec Haya. Dans un souci de confidentialité, le nom complet de Haya n’est pas communiqué. © UNFPA/Sharron Ward
  • À l’âge de 15 ans, Noor a rompu ses fiançailles. Deir Alla, Jordanie. Dans un souci de confidentialité, le nom complet de Noor n’est pas communiqué. © UNFPA/Sharron Ward
  • La docteure Ruba al Kayed en consultation avec Noor. Dans un souci de confidentialité, le nom complet de Noor n’est pas communiqué. © UNFPA/Sharron Ward
  • Soutenue par l’UNFPA, la clinique Noor Hussein organise des ateliers de sensibilisation au mariage précoce, à Deir Alla, en Jordanie. © UNFPA/Sharron Ward
 

Prévention et neutralisation de la violence sexiste

En matière de violence sexiste, le viol fait l’objet d’une attention particulière, mais cette dernière s’étend progressivement aux mariages forcés ou précoces, à la violence domestique, aux mutilations génitales féminines et à la traite d’êtres humains.

La population féminine locale est généralement la première à réagir et à trouver des solutions, parfois simples, pour que la vie l’emporte. Lorsqu’un séisme a dévasté Haïti en 2010, le nombre de viols a sensiblement augmenté, car les institutions qui auraient normalement pu les prévenir n’étaient plus opérationnelles. Les femmes se sont alors mobilisées dans les camps de personnes déplacées pour se protéger mutuellement et soutenir les victimes. Les organisations non gouvernementales MADRE et KOFAVIV ont distribué des sifflets aux femmes vivant dans les camps, ce qui a contribué à réduire de 80 % l’incidence des viols dans un camp. L’installation d’éclairages solaires a également contribué au recul de la violence sexiste dans les camps.

Aux Philippines, ce sont aussi les femmes qui ont pris l’initiative, après le passage du typhon Haiyan, de former des équipes de surveillance et de créer des espaces dédiés aux femmes pour se protéger de la violence sexiste. En juillet 2014, lorsqu’un autre typhon a été annoncé, elles ont dépêché des équipes de surveillance dans les centres d’évacuation, en coordination avec des policières et les autorités locales.

Ayan, 16 ans, vit dans le camp de Minkaman, au Soudan du Sud : « J’ai peur quand je dois m’éloigner du camp parce qu’il arrive souvent que des femmes se fassent violer. » Photo © Panos Pictures/Chris de Bode
 

Résilience

Prévention, préparation
et autonomisation

Un conflit ou une catastrophe peut anéantir en quelques instants les progrès économiques et sociaux de toute une génération.

Cela peut également ruiner la perspective d’une vie meilleure pour beaucoup d’individus, en brisant leurs projets et en limitant leurs choix.

En outre, ces crises peuvent exacerber les inégalités déjà présentes dans la société. Elles mettent encore plus à l’épreuve les personnes démunies et marginalisées, en faisant payer un prix très élevé aux femmes et aux jeunes, en particulier ceux de moins de 20 ans, qui représentent environ la moitié de la population dans de nombreuses zones de conflit ou postconflictuelles.

Sur le plan humain, les profondes répercussions des catastrophes et des conflits sur les individus, les communautés, les institutions et des pays entiers révèlent toute l’importance de renforcer la résilience, afin que tous ces acteurs puissent mieux résister aux effets des crises et se relever plus rapidement. Le renforcement de la résilience peut également contribuer à atténuer les impacts qui pourraient nuire à la santé sexuelle et reproductive des femmes et des adolescentes. 

Les politiques, les programmes et le contexte social, économique et politique qui précède la crise sont autant de facteurs déterminant en grande partie quelles sont les personnes qui survivent, succombent ou se relèvent d’un conflit ou d’une catastrophe.

Prévenir la pauvreté et les inégalités

Les facteurs socioéconomiques et structurels qui définissent la capacité de résilience des communautés sont autant de critères qui déterminent les répercussions d’une catastrophe ou d’un conflit et qui exigent l’attention soutenue des gouvernements. 

Même si la résilience peut être considérée comme un résultat final, il s’agit en fait d’un processus continu nécessitant des efforts permanents, afin d’aborder les facteurs socioéconomiques et structurels (pauvreté, préjugés sexistes et même insécurité alimentaire) susceptibles d’influer sur la capacité d’une communauté à supporter ou à se relever d’une crise ou d’un choc. Il convient de donner la priorité au renforcement de la résilience en tant que processus, à tous les niveaux, et de l’étayer au moyen des stratégies d’adaptation, de la culture, des connaissances et du patrimoine locaux. Cette démarche appelle à l’engagement des acteurs humanitaires et des partenaires du développement, même si la communauté doit garder le contrôle du processus.

Les crises humanitaires, telles que les catastrophes naturelles et les conflits, sont susceptibles d’étendre et d’aggraver la pauvreté et les inégalités. La résilience peut atténuer cette tendance.

Pour renforcer la résilience, il est nécessaire d’aborder les causes sous-jacentes de la vulnérabilité, telles que la pauvreté et les inégalités, et d’adopter des mesures préventives afin de favoriser une adaptation positive avant que ne survienne la crise. Les investissements réalisés dans le domaine de la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et juvénile, ainsi que des droits en matière de procréation, protégeront les personnes les plus touchées par les catastrophes.

Susila Bora, 19 ans, dans le village de Saurpani-4, qui a été détruit lors du tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a frappé le Népal en avril 2015.
© Panos Pictures/Vlad Sokhin
 

Manque de capacité d’adaptation en 2015

Cet indicateur mesure le manque de ressources à disposition de la population qui lui permettent de surmonter les crises. Il comprend deux catégories : institutions et infrastructures. La carte ci-dessous présente les données des 12 pays où l’indice de manque de capacité d’adaptation est le plus élevé.

Les désignations retenues et la présentation générale des cartes contenues dans le présent rapport n’impliquent l’expression d’aucune opinion de la part de l’UNFPA concernant le statut juridique de tout pays, territoire, ville ou région ni de leurs autorités, non plus que la délimitation de leurs frontières.
 

Réduction des risques de catastrophe

La réduction des risques de catastrophe est l’un des piliers de la résilience. Tandis que l’action humanitaire est une intervention à court terme, la réduction des risques de catastrophe se veut une démarche à long terme pour traiter les causes profondes de la vulnérabilité lors d’une crise. Même s’il est impossible de prévenir certaines catastrophes, telles que les séismes et les tsunamis, leurs répercussions peuvent tout de même être atténuées par le biais d’investissements réalisés en amont de la crise pour développer des systèmes de santé sexuelle et reproductive qui soient résilients et axés sur les besoins des segments les plus vulnérables de la communauté.

Résilience des femmes et des filles

De nos jours, l’un des points les plus faibles de la résilience concerne les femmes et les filles, ainsi que les institutions à leur service. Tant que les inégalités court-circuiteront leurs droits, leurs capacités et leurs perspectives, les femmes et les filles continueront de dépendre de l’aide humanitaire de façon disproportionnée et d’être les moins à même de contribuer au relèvement ou à la résilience.

Les droits et la santé en matière de sexualité et de procréation constituent la pierre angulaire du passage à l’âge adulte. Lorsque les gouvernements prennent des mesures en vue de veiller à ce que les jeunes entrent en bonne santé et en toute sécurité dans l’âge adulte, ils s’efforcent par là même d’accroître la capacité d’absorption des chocs des communautés et des pays entiers, en créant des environnements où les individus peuvent eux aussi devenir résilients. 

Personnes déplacées par le typhon Haiyan, Tacloban, Philippines.
Photo © Panos Pictures/Andrew McConnell

 
 

Développement inclusif et équitable

Un développement inclusif et équitable, qui respecte et protège les droits de l’homme, y compris les droits en matière de procréation et de santé, notamment la santé sexuelle et reproductive, est l’un des piliers de la résilience. Les principes d’inclusion, d’égalité et de droits constituent eux aussi la pierre angulaire du nouvel ensemble d’objectifs de développement durable des Nations Unies, appelés à orienter la communauté internationale face aux défis économiques et sociaux des 15 prochaines années.

Le fait de garantir les droits et la santé des femmes et des adolescentes en matière de sexualité et de procréation contribuera grandement à parvenir à un développement inclusif et équitable, tout en améliorant la résilience des sociétés. Celles-ci seront alors plus à même de surmonter les crises et de se reconstruire, d’une manière qui favorisera à son tour la consolidation de la résilience.

En revanche, les nouvelles perspectives du développement durable pour les 15 prochaines années ne prendront forme que si tous les citoyens du monde s’engagent à y parvenir et partagent un intérêt commun à cette fin. En d’autres termes, les femmes et les adolescentes sont appelées à jouer un rôle clé dans l’orientation des efforts visant à améliorer la santé et le développement durable à tous les niveaux (au sein des ménages, de la communauté, des institutions et du gouvernement) sans être laissées pour compte ni reléguées à une fonction secondaire. 

 

Avenir

Une nouvelle vision
de l’action humanitaire

Passer de la réaction à la préparation et la résilience

Nous devons tendre vers un monde plus résilient et moins vulnérable, dans lequel le développement (national et international) serait parfaitement inclusif et équitable et respecterait les droits de tous les êtres humains. Les femmes et les filles n’y seraient plus défavorisées à de nombreux égards, mais auraient les mêmes possibilités que les hommes de s’épanouir pleinement et de contribuer au développement et à la stabilité de leur communauté et de leur pays.

Dans ce monde-là, chaque pays pourrait gérer son économie et son système politique de façon à garantir à tous l’accès à un emploi décent et à des services essentiels de grande qualité, y compris des soins de santé sexuelle et reproductive. Les décideurs comprendraient clairement qu’investir dans un développement équitable et inclusif est sans doute le meilleur investissement envisageable, et sans conteste le plus juste et le plus humain. Il présenterait l’avantage considérable de réduire les risques et les effets d’une crise.

Amélioration de la gestion des risques

Transformer le monde dans lequel nous vivons en un monde plus résilient et moins vulnérable dépend également d’une meilleure gestion des risques et de la mise en place d’institutions performantes bien avant la survenue d’une crise. Les risques doivent d’abord être parfaitement compris. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut investir de façon efficace dans des mesures de réduction.

En ce qui concerne les risques ne pouvant être totalement écartés, une préparation proactive est primordiale si l’on veut éviter le pire. L’une des meilleures stratégies de réduction des risques, applicable à tous les pays, consiste à s’assurer que la population possède la résilience nécessaire pour pouvoir y faire face. Une personne en bonne santé, instruite, disposant d’un revenu suffisant et jouissant de l’ensemble de ses droits fondamentaux a bien plus de chances de s’en sortir lorsque les risques deviennent réalité. 

M. Babatunde Osotimehin,
Directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA)
 
  • Une mère et ses filles se tiennent devant leur nouvelle maison, construite après que le tsunami a inondé leur communauté à Lhoknga, en Indonésie, en 2004. © Panos Pictures/Abbie Trayler-Smith
  • Girls dance at the Za'atari Camp, Jordan. © Panos Pictures/Mads Nissen
  • La sage-femme Christine Yakoundou examine une patiente dans un centre de santé, en République centrafricaine. © Panos Pictures/Jenny Matthews
  • © Ali Arkady/VII Mentor Program
  • © Panos Pictures/Mads Nissen/Berlingske
  • Syriens quittant Gevgalija, en ex-République yougoslave de Macédoine. © UNFPA/Nake Batev
  • Dans un camp à Dohuk, Iraq. © Ali Arkady/VII Mentor Program
 

Promouvoir l’égalité

La transformation peut commencer, en partie, au lendemain d’une crise, mais dépendra largement de l’intervention. Si celle-ci se contente de reproduire les schémas discriminatoires existants, en omettant par exemple de fournir des services de santé sexuelle et reproductive de qualité dès le départ, il n’y aura pas de transformation. Par ailleurs, elle laissera à désirer en termes d’efficacité et de droits fondamentaux. Toutes les questions humanitaires intègrent la problématique hommes-femmes d’une manière ou d’une autre, car les hommes, femmes, filles et garçons ont une expérience très différente du monde. Toutes les formes d’action humanitaire doivent donc prendre en compte et lutter contre ces différences, et corriger activement les disparités éventuelles.

Dans la mesure du possible, l’aide humanitaire peut remettre en cause les formes de discrimination existantes, par exemple en prodiguant des services complets aux victimes de violences sexistes. Elle peut convaincre les hommes et les garçons de faciliter l’acceptation de nouvelles normes sociales, notamment en ce qui concerne les droits fondamentaux des femmes et la réconciliation des différences. 

 


Une nouvelle vision de l’action humanitaire

Santé et droits
en matière de
sexualité et de
procréation
Prévention et
préparation
Développement,
équitable et
inclusif
Relèvement
Résilience
Intervention
efficace
La santé et les droits en matière de sexualité et de procréation forment le volet central de l’action humanitaire, auquel sont rattachés plusieurs éléments interdépendants, de l’intervention au développement, en passant par la résilience.
 

Effacer la limite séparant action humanitaire et développement

De nos jours, la distinction entre intervention humanitaire et développement est trompeuse. L’action humanitaire peut jeter les bases d’un développement durable. Un développement profitable à tous, où chacun peut faire valoir ses droits, y compris ses droits en matière de reproduction, peut aider les personnes, les institutions et les communautés à surmonter une crise. Il peut aussi accélérer le relèvement.

Un développement équitable, inclusif et fondé sur les droits, de même que la résilience qu’il favorise, peut bien souvent faire disparaître la nécessité des interventions humanitaires.

 
 
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